The Fighting Temeraire – J.M.W. Turner

ImageWilliam TURNER, The Fighting Temeraire tugged to her last berth to be broken up, 1838-39, huile sur toile, 91 x 122 cm, National Gallery, Londres

(Source : Web Gallery of Art)

Cette œuvre de Turner, The ‘Fighting Temeraire’ tugged to her Last Berth to be broken up, est considérée par l’artiste comme sa préférée, et tient une place particulière dans le cœur des Britanniques.

Ce tableau présente le Temeraire, navire de guerre britannique qui participa à la victoire des forces anglaises sur celles françaises lors de la bataille de Trafalgar en 1805. Par ses faits d’armes, il y acquit une importante renommée auprès des Britanniques. Il fut cependant démantelé en 1838 pour des raisons économiques, et remonté de Sheerness jusqu’à Rotherhithe par deux remorqueurs à vapeurs. C’est le moment que l’artiste choisit de représenter, jouant sur les symboles : l’image du remorqueur moderne, petit et noir, tirant par la force de la vapeur l’énorme navire de guerre, vieux, blanc, met en avant la nouvelle époque où les machines supplantent les anciennes méthodes : l’ère industrielle.

Turner pouvait facilement s’identifier au Téméraire : ce vieux navire peut symboliser la première partie de la vie de l’artiste de 63 ans, sa jeunesse, ses succès, une manière de peindre particulière. En 1838, l’artiste est déjà dans la troisième phase de son œuvre (1835-45, selon Ruskins – Modern Painters – 1843), mal comprise du public de l’époque. Il y a donc un parallèle évident entre le vieux navire et le vieil artiste. C’est une métaphore du temps qui passe et qui mène, inéluctablement, à la mort.

On remarque un certain nombre d’ « erreurs » dans la représentation de cet épisode historique : l’oubli d’un des deux remorqueurs, la présence des mâts, normalement déjà retirés, les bateaux partant vers l’est et non l’ouest. On comprend que le soucis de l’artiste ici n’est pas de représenter la scène avec réalisme, mais de souligner la triste perte du prestigieux vaisseaux.

L’œuvre est divisée en deux : à gauche le groupe des bateaux avec la lune à l’arrière-plan, à droite le soleil se couchant et une bouée vue en contre-jour. Le parallélisme voulu est évident, le coucher de soleil symbolisant la fin de vie du Téméraire, la lune se levant, encore quasi invisible, le début d’une ère nouvelle. Les couleurs divisent aussi le tableau en deux, avec d’un côté le bleu et ses dérivés, de l’autre le rouge et le jaune avec également leurs dérivés.

Turner, qui avait lu la Théorie des Couleurs (1808) de Goethe, accordait une importance particulière aux couleurs et à leur symbolique. On le voit ici, où les couleurs « positives » sont largement utilisées pour représenter le glorieux coucher de soleil. Le Téméraire lui est « sans couleur », rehaussé seulement de jaune, prenant un aspect fantomatique qui contraste avec le remorqueur noir crachant sa fumée et à l’air maléfique. Les couleurs « négatives » sont quant à elles utilisées pour représenter la lune.

Par son patriotisme, ce tableau eut un succès immense à son époque (les Anglais désapprouvaient la décision de détruire leur patrimoine historique pour des raisons économiques). Les critiques déclarèrent qu’il s’agissait de la meilleure création du maître, on en fit des reproductions, gravures et même une chanson. En 1876, la Royal Academy choisit cette œuvre pour figurer au revers d’une médaille en l’honneur de Turner. Même la flamboyante intensité de la couleur, d’ordinaire critiquée, fut jugée appropriée. Ce tableau fut le dernier qui, lors de son exposition, enthousiasma fortement le public et la critique.

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William Turner, Le déclin de l’Empire de Carthage, 1817, huile sur toile, 170 x 239 cm, Tate Gallery, Londres

(Source : Web Gallery of Art)

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William TURNER, Le matin après le déluge, 1843, huile sur toile, 78.5 x 78.5 cm, Tate Gallery, Londres

(Source : Web Gallery of Art)

A partir de ce moment, la progressive dissolution des formes dans les tableaux de Turner va dépasser l’entendement du public. Ses « tourbillons de couleurs » lui vaudront une réputation d’excentricité et d’inintelligibilité, si ce n’est de complète folie. C’est à cette époque que J. Ruskin prit la défense de l’artiste dans son ouvrage Modern Painters (1843), permettant de faire découvrir au public, de façon plus vivante qu’aucune exposition et publication jusqu’alors, cette dernière phase de l’œuvre de Turner. Aujourd’hui, l’œuvre est encore acclamée du public, et fut sacrée « plus belle œuvre de la National Gallery » en 2005 par un concours organisé par la BBC.

Tableau majeur dans l’œuvre de Turner et dans le patrimoine historique de l’Angleterre, le Téméraire rappelle des temps héroïques mais aussi le début d’une ère où l’Angleterre deviendra la première puissance mondiale ; mais il met surtout en avant le génie d’un artiste qui, peu compris à la fin de sa vie, inspira les artistes de la fin du 19e et du début du 20e, notamment les impressionnistes, et est aujourd’hui reconnu dans le monde entier.

Thérèse Kempf

UPJV – L1 Histoire de l’Art

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