La façade des Loges du Château de Blois

Au XVe siècle, l’emprise du gothique fut si forte sur la majeure partie de l’Europe que les idées italiennes, ou plutôt classiques, ne firent aucune impression. Cependant dès le début du XVIe siècle, grâce à l’expansion des lettres latines, la reprise des formes classiques devint un but qui sera poursuivi dans le cercle humaniste européen. Les humanistes encouragèrent un sentiment anti-gothique dans tous les arts qui s’exprime par l’imitation des formes « à l’italienne ». Il faut distinguer deux grands aspects de l’architecture de la Renaissance telle qu’elle était pratiquée hors de l’Italie dans les premières années du XVIe siècle ; en effet les formes de l’architecture classique et moderne étaient beaucoup plus facilement imitées que les idées qu’il y avait derrière. Hors de l’Italie c’est en France d’abord, pays qui avait l’hégémonie militaire, que les idéaux de la Renaissance prirent racine et se transformèrent rapidement en une version nationale du style classique. L’impact initial de l’architecture italienne se traduisit par l’introduction des détails décoratifs, alors que les principes structuraux demeurèrent ceux dérivés de la pratique gothique.

façades_des_loges_blois(1)DEROY Isidore Laurent, Vue de la façade des loges du château de Blois, estampe, XIXe siècle, Châteauneuf-sur-Loire, Musée de la Marine de Loire, n° inv. 2000.1.94

Source image : Base de données Joconde

La façade des loges, qui domine la ville de Blois a été modernisée par le jeune roi François 1er vers 1520. Ce fut, on peut le dire, un terrain d’expériences pour le souverain qui entreprit durant son règne de nombreux chantiers architecturaux dans le royaume de France. Les constructeurs ont tenté de créer un effet de Loggia ouverte. Cependant ils adoptèrent un parti si étriqué qu’ils firent en réalité une série de fenêtres toutes séparées les unes des autres sans communication entre elles, exceptées de petites portes. Le troisième niveau constitue une loggia plus réussie, dite « à l’italienne ». De la place on peut voir sur la droite une vieille tour parée d’ordres superposés, rythmés de colonnes qui encadrent des baies arrondies. Ce même rythme se retrouve sur la façade du bâtiment, mais les colonnes sont remplacées par des pilastres et les arcades sont d’arcs surbaissés. Les architectes ont mêlé des éléments d’origines différentes, pour le niveau le plus bas, ils ont utilisé des baies géminées (ce détail vient sans doute de la chartreuse de Pavie), mais y ont ajouté un meneau horizontal, qui est un élément très français. L’organisation en quatre niveaux avec deux rangées de loges au milieu saurait rappeler la cour de Saint Damase au Vatican dessinée par Bramante. Gebelin dit que l’Italien devant son édifice a bâti ses loges, alors que le Française a dressé un énorme mur dans lequel il a creusé des sortes de grottes. Il est vrai que le climat n’était pas le même et que des étages d’arcades superposées exposent l’habitant aux intempéries. En fait, les architectes ont repris ici le système médiéval des profonds embrasements et ont placé le châssis de la fenêtre non pas au nu extérieur du mur mais au nu intérieur, utilisant les pilastres pour donner à cette ordonnance un aspect italianisant. La partie supérieure comportait jadis de hautes lucarnes comme celles de la cour. Cette aile était d’ailleurs couverte d’un toit à double versant qui s’unissait au toit de l’aile sur cour par une noue dont les inconvenants ont conduit à une transformation.

Le Château de Blois ne présente pas encore la symétrie et la régularité classique, mais son architecture amorce un nouveau genre non plus basé seulement sur l’ornementation comme elle pouvait se représenter sous Charles VIII et Louis XII ; elle insiste davantage sur les pleins et les vides, les saillies et les retraits, le modelage des volumes.

 

 

Laetitia Grucy

UPJV – L2 Histoire de l’Art

 

Bibliographie :

André CHASTEL, L’art français, temps modernes 1430-1620, Paris, Flammarion, 1994

Louis HAUTECOEUR, Histoire de l’architecture classique en France, Tome 1 : la formation de l’idéal classique, 1ère partie, Paris, édition A. et J. Picard et Cie, 1963

Peter MURRAY, Architecture de la Renaissance, Venise, Fantonigrafica, 1992

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