Exposition Tempêtes et Passions – Musée de Picardie – Amiens

En entrant dans le musée, juste après les escaliers, se situe au rez-de-chaussée le
« Salon d’Apparat ». Ce Grand Salon a été ordonné selon un nouvel accrochage depuis le 7 Mars 2014, dont la thématique est: « Tempêtes et Passions ». Il est organisé selon le modèle du « Salon Carré » du Louvre car il est spécialement fondé pour accueillir des toiles de grand format. Cependant l’actuelle exposition est également enrichie de petits et moyens formats.

Cette exposition rassemble des portraits, des paysages, des scènes mythologiques et bibliques. Elle n’est pas spécifique de la période du XIX ème siècle car elle comporte des oeuvres d’artistes tels Philippe de Champaigne ( 1602-1674 ), François André Vincent ( 1746-1816 ), Simon Vouet ( 1590-1649 ) entre autres…

L’exposition « Tempêtes et Passions » se déroule selon un fil chronologique en cinq axes : l’enlèvement d’une ou de plusieurs jeunes filles, l’engrenage ou le déchaînement des passions, la guerre, l’héroïsme d’un personnage face à l’inéluctabilité de son destin et enfin, l’apaisement apporté par la mort.

La première partie de l’exposition, consacrée à l’enlèvement de l’héroïne, et la dernière, la mort du héros ou de l’héroïne, sont localisées sur le même mur, ce qui démontre le caractère tragique d’une lutte destinée à être vaine avant même d’être engagée. Sur la droite de cette photographie, trois tableaux témoignent de la source des problèmes futurs: la capture d’une ou de plusieurs personnes lors d’un événement particulièrement violent. Ainsi, l’huile sur toile de Jean Victor Schnetz, l‘Épisode du sac de la la ville d’Aquilée par Attila, réalisée en 1845 surplombe deux plus petits formats: Les femmes Franques d’Eugène Lepoittevin de 1842 et l’Épisode du Roland amoureux de Boiardo, de Louis- Edouard Rioult, également une huile sur toile datant de 1831.

Sans titre

Mur est du Grand Salon du Musée de Picardie, exposition Tempêtes et Passions

© photo de Carine Camus

Cette dernière oeuvre a bénéficié d’une restauration importante en 2014 grâce au mécénat de la galerie Philippe Mendès car la toile s’était assombrie à cause de la technique employée par le peintre. Elle présente un épisode épique, relativement peu connu de la vie de Roland, personnage littéraire, héros du poème éponyme de Boiardo.

Le long mur suivant est divisé en trois parties: le très grand format Le siècle d’Auguste, une huile sur toile de 620 * 1014 cm, peinte par Jean-Léon Gérôme,occupe une place centrale, de par son format et sa position sur le mur. À sa gauche, deux tableaux mettent en exergue le travail des restaurateurs que l’on a rarement l’occasion d’apprécier à sa juste valeur. Des moyens et petits formats, situés sous Le siècle d’Auguste, montrent des personnages tentant de répondre à une crise politique par la démocratie, tandis que les tableaux à sa droite transcrivent un moment suspendu où tout peut encore se jouer.

Sans titre 2

Mur sud du Grand Salon du Musée de Picardie, exposition Tempêtes et Passions

© photo de Carine Camus

Parmi les tableaux de gauche, on peut observer deux tableaux , l’un fraichement restauré, Ulysse arrivant devant le palais de Circé de Jean Jacques Lagrénée ( épisode dans lequel Ulysse convaincra Circé de libérer ses compagnons, transformés en porcs, par un discours ) datant de 1787 et restauré en 2002 et le deuxième encore en attente de restauration, de François Joseph Heim : Ptolémée Philopator profanant le temple de Jérusalem de 1816. On distingue parfaitement sur ce dernier tableau les bandes de raccord, et en s’approchant on peut voir les couleurs dégorger, notamment le bleu. Le fond est de couleur quelque peu jaunâtre.

Sous Le siècle d’Auguste de Jean-Léon Gérôme, le tableau Allégorie de la Paix d’Amiens, une huile sur toile de 104 x 132 cm peinte par Nicolas Legrand de Sérant (1758-1829 ) en 1802, évoque la démocratie avec emphase et espoir mais d’autres tableaux sont plus ambigus. Par exemple, Solon, peint par Merry Joseph Blondel (1781-1853 ) en 1828, a beau réfléchir, un texte de loi à la main, ses armes de guerrier déposées à ses pieds ou dans son dos révèlent tout de même des éclats métalliques menaçants. Le tableau suivant de Philippe de Champaigne ( 1602-1674 ), datant de 1663, et dans lequel Moïse présente les lois de Dieu avec optimisme est bientôt contrecarré par un autre tableau d’Eugène Lotiquet (1844-1876 ) en 1867: Moïse brise les Tables de la Loi. Ce tableau décrit le moment précédant l’action fatidique. En effet, Moïse n’a pas encore achevé son geste. L’artiste ménage ainsi du suspense pour le spectateur.

Les deux derniers tableaux, situés à la droite du tableau Le siècle d’Auguste de Jean-Léon Gérôme jouent aussi sur cet effet d’attente. Alexandre Denis Abel de Pujol (1785-1861 ) réalise en 1843 le tableau Chlodsinde ou l’épreuve par l’eau bouillante. Charles-André dit Carle Vanloo (1705-1765 ) et Louis-Michel Vanloo ( 1707-1771 ) quant à eux, créent Auguste fait fermer les portes du temple de Janus en 1765. Aucune fois, le spectateur n’assiste au dénouement. S’il possède la culture adéquate, il connait l’issue du drame présenté par les artistes. Dans l’autre cas il ne peut qu’imaginer la suite de l’histoire, et espérer, à l’instar des personnages, une fin heureuse.

Le troisième mur est consacré au déchaînement des passions. À gauche, on peut observer le tumulte et les souffrances que celles-ci provoquent, comme dans le tableau de Jean-Baptiste Mauzaisse (1784-1844 ) de 1819 exprimant le supplice de Tantale, personnage condamné à une faim et une soif dévorantes pour avoir offensé les Dieux.

Sans titre 3

Mur ouest du Grand Salon du Musée de Picardie, exposition Tempêtes et Passions

© photo de Carine Camus

En-dessous de ce Tantale torturé, le spectateur fait face à une mer en furie, dans le tableau de Pierre Nolasque Bergeret (1782-1863 ): Le Naufrage de Charles Quint en 1824. Ce tableau démontre allégoriquement les tempêtes de l’âme.

À côté de ces deux tableaux, le spectateur comprend les conséquences désastreuses de ce déferlement des passions à travers des visions négatives de la guerre. On ne voit pas une armée victorieuse, mais un soldat épuisé en déroute ( Épisode de la retraite de Moscou par Édouard Odier en 1832 ) et un assassinat perpétré lors de la Guerre de Troie ( La Mort de Priam par Jean-Baptiste Regnault en 1785).

Sur la droite du mur, une allégorie de La Force, réalisée par Michel Martin Drolling ( 1786-1851 ) en 1818 côtoie des mises à mort extrêmement théâtralisées. Le tableau situé tout en haut de Carle Vernet ( 1758-1836) illustrant un Cavalier Grec combattant un lion de 1789 tourbillonne tandis que le cheval semble possédé.

En outre, le tableau de Jacques Lécurieux (1801-1867 ), Lord Strafford de 1835 a été restauré de manière à ce que l’on puisse à nouveau apercevoir le bourreau situé derrière la victime. Cela renforce l’aspect dramatique de la scène.
Le quatrième mur instaure un lien avec le mur précédent. Le spectateur découvre de nouveau des situations théâtralisées, essentiellement sur la partie gauche du mur. Les artistes choisissent des personnages notoires de l’Histoire ou issus de légendes et romans populaires ayant connu un destin tragique. On remarque des attitudes tendant à s’opposer, le mouvement vigoureux de certains personnages face à une posture plus statique des autres. Cela est le cas dans le tableau Hector adressant des reproches à Pâris, en 1824, de Pierre Claude François Delorme (1783-1859 ).

D’autre part, la théâtralité de ces tableaux se distingue également par les effets de clair obscur employés par les artistes et par leur choix du cadrage. Observons particulièrement les deux tableaux en bas, à gauche: Lady MacBeth, datant de 1849, de Charles Louis Müller (1815-1892 ) et Jeanne dit La Loca, ou la folle, reine de Castille, datant de 1833, peint par Raymond Quinsac Monvoisin ( 1790-1870 ). Les personnages s’entassent dans un espace réduit, fermé par de lourdes tentures et semblent se mouvoir sur une estrade. Les héroïnes, en proie à la folie, arborent des visages très expressifs. Une comédienne a de plus posé pour le personnage de Lady Mac Beth dans le tableau tout à gauche.

À partir du milieu du mur, les personnages changent de comportement. Si jusqu’alors, ils paraissaient se révolter contre leur destin, quitte à sombrer dans la folie,ceux-ci adoptent maintenant une contenance résignée. Lady Godiva, dans le tableau éponyme de Jules Lefebvre ( 1834-1912 ), se résout à se montrer publiquement nue, malgré sa pudeur légendaire, pour faire plier le maire de son village. Mais en acceptant enfin leur destin, les personnages sont logiquement conduits vers la mort. Situé au-dessous de Lady Godiva, le tableau de Jules Victor Verdier ( 1862-1926 ), Abel, de 1889, révèle l’accomplissement du destin du héros, qui n’est autre que sa mort.

Les deux tableaux, en bas, à droite de ce quatrième mur, poursuivent cette vision tragique de la mort. Dans le tableau Le dernier soupir du Christ présenté par Julien Michel Gué (1789- 1843 ) au Salon de 1840, l’affliction des personnages est renforcée par les effets de clair-obscur, un ciel fortement assombri, et la terre s’effondrant par endroits. Le clair-obscur domine également le tableau Atala au tombeau de Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson ( 1767-1824 ). Ce tableau est exceptionnellement prêté par le musée Girodet de Montargis pour une durée de deux ans.

Atala au tombeau assure une transition avec la partie gauche du premier mur sur lequel les artistes ont voulu rendre hommage à leurs héros. Plusieurs versions sont données: Albert Maignan ( 1845-1908 ) montre dans La Mort de Guillaume Le Conquérant en 1885, la vision d’un homme mort dans une solitude totale tandis que dans La Mort de Carpeaux, Abert Maignan dresse l’éloge de son ami puisque les fantômes de ses œuvres l’accompagnent. Jean-Paul Sinibaldi ( 1857-1909 ) donne à voir une image plus réaliste de la mort, car dans le tableau Manon Lescaut peint en 1891, le chevalier Des Grieux suit le corbillard qui emporte le corps de sa dulcinée.

Carine Camus

UPJV – L1 Histoire de l’Art

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s