Les détails du jubé de la Cathédrale d’Amiens – Musée de Picardie d’Amiens

1Anonyme, Vue des deux sculptures dans le musée, XIIIe siècle, sculptures en pierre, Amiens, Musée de Picardie

© Photo de Lætitia Grucy

Le Jubé de la cathédrale a été érigé dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Il s’agit d’un édifice imposant surmonté d’une tribune qui vient fermer le chœur du reste de l’espace ; seule une petite porte au centre permet aux clercs d’y entrer. Entre autres fonctions liturgiques, le jubé servait pour la bénédiction des rameaux et pour l’ostension de la relique du chef de Saint Jean-Baptiste. Il fut détruit en 1755 comme c’était la grande mode à cette époque. Il faut accuser le goût des chanoines dédaigneux du Moyen-âge, et soucieux d’ouvrir le chœur et d’aménager de belles perspectives. L’iconographie de ce jubé, à part au-dessus de la porte, présente le cycle de la Passion ; c’est-à-dire la vie du Christ depuis son entrée à Jérusalem jusqu’à la descente aux Limbes.

2Anonyme, Le bourreau de la flagellation (détail du jubé de la cathédrale d’Amiens), XIIIe siècle, sculpture en pierre , Amiens, Musée de Picardie

© Photo de Lætitia Grucy

C’est la restauration du bourreau qui a permis de confirmer cette identification de « flagellation de la Passion ». Il a les deux bras levés tenant le fouet dont on peut voir une petite partie du manche. Il prend appuis sur sa jambe gauche, la jambe droite étant très avancée. Le corps est en torsion, prêt à effectuer son geste. Tout ceci est l’attitude maintes fois donnée au bourreau de la flagellation dans la sculpture monumentale et l’ivoirerie du XIIIe et XIVe siècle. Cette silhouette élancée permet l’agencement du drapé de son vêtement en un grand pli en V. On reconnaît également le tourmenteur à sa coiffure : il porte une coiffe avec une paire d’aile, aux plumes bien visibles. Ce détail est souvent l’attribut des ennemis e la religion, surtout les bourreaux.

3Anonyme, Marie-Madeleine (détail du jubé de la cathédrale d’Amiens), XIIIe siècle, sculpture en pierre, Amiens, Musée de Picardie

© Photo de Lætitia Grucy

La seconde sculpture a également été difficile à identifier : « femme en prière près d’un arbre » ; « vierge en prière » ; « sainte femme en prière près d’un figuier ». Ici est représenté Marie-Madeleine en prière avec un visage doux et les mains accolées. Elle est vêtue d’un grand manteau à larges plis extrêmement bien travaillés ; ce qui laisse apparaître une légère génuflexion. La figure est accompagnée d’une évocation de la nature : un tronc d’arbre avec de larges feuilles qui ressemblent beaucoup à celles d’un figuier. Sur cette sculpture on peut très nettement observer les traces de la polychromie et des dorures dont elle était dotée. Le visage de Marie-Madeleine est peint en argenté, ce qui devait le rendre très lumineux ; de même, le contour de ses yeux est noir pour les faire ressortir. Il y a même du rouge sur ses lèvres et ses joues pour la rendre vraiment pleine de vie. Le matin de Pâques, lorsque le Christ est ressuscité, celui-ci apparaît à Marie-Madeleine qui tombe alors à genoux, en contemplation.

Ces amples silhouettes, à l’élégance simple et naturelle, au drapé moelleux, attestent de la qualité atteinte par la sculpture amiénoise dans le décor du jubé. Qualité encore accrue par une polychromie où l’or rehaussé de glacis coloré, vert et rouge, devait tenir une place importante. Certains éléments, comme les dimensions et la conception de ces œuvres propre à s’insérer dans la structure en niche, viennent confirmer leur appartenance au jubé. Le traitement en rond de bosse de ces deux figures peut paraître exceptionnel pour un tel monument, jusqu’alors voué à l’art du relief (voir les jubés contemporains des Cathédrales de Bourge et de Chartres). Mais très tôt à Amiens, les sculpteurs prennent une indépendance à l’égard du fond, en témoigne les figures du tympan du portail central de la façade occidentale.

Lætitia Grucy

UPJV – L2 Histoire de l’Art

Bibliographie :

F. BARON, « Mort et résurrection du jubé de la Cathédrale d’Amiens », revue de l’Art, 1990

ss la dir. de J.L. BOUILLERET, Amiens, la grâce d’une cathédrale, Strasbourg, La nuée bleue, 2012

G. DURAND, Monographie de l’église Notre-Dame, Cathédrale d’Amiens, t. 2, Amiens∼~Paris, 1903

F. LERNOUT, Le Moyen-âge au Musée de Picardie, Amiens, Musées d’Amiens, 1992

Bible de Jérusalem, Paris, éd. de cerf, 2008

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