Tanagra – J. L. Gérôme

Jean Léon Gérôme naît en 1824 à Vesoul et meurt en 1904. Initiateur du cercle des Néo-grecs, son art restera très attaché aux références antiques et à la peinture d’histoire. Ce n’est qu’à l’âge de cinquante-quatre ans qu’il commence la sculpture. Il dira d’ailleurs lui-même ; « ce n’est que tardivement que j’ai fait de la sculpture, à mon grand regret ». Après douze ans d’expérience à travers cette technique, il réalise, en 1890, une sculpture intitulée Tanagra dont la particularité sera d’être polychrome.

Photo 1Jean Léon Gérôme, Tanagra, 1890, marbre avec traces de polychromie, 154 x 150 x 60 cm, Paris, Musée d’Orsay

Source image : Web Gallery of Art

L’œuvre représente une femme assise, tenant dans la paume de sa main la statuette d’une joueuse de cerceau.

Photo 2Jean Léon Gérôme, Tanagra, détail de la joueuse de cerceau, 1890, marbre avec traces de polychromie, 154 x 150 x 60 cm, Paris, Musée d’Orsay

Source image : Web Gallery of Art

Au niveau du socle, sont représentés une pioche, une ruine architecturale sur laquelle la femme est assise ainsi que de petites statuettes à demi ensevelies.

Photo 3Jean Léon Gérôme, Tanagra, détail du socle, 1890, marbre avec traces de polychromie, 154 x 150 x 60 cm, Paris, Musée d’Orsay

© Photo de Mathilde Botreau Roussel Bonneterre

Aujourd’hui presque disparue, la peinture fut appliquée à l’origine uniquement sur la petite joueuse de cerceau.

photo 4Tanagra, IVe-IIe siècle avant J-C en Grèce, Baltimore, Walters Art Museum

Source image : Wikipédia

Le nom de l’œuvre fait référence à la ville grecque de Tanagra. Elle fut, durant l’Antiquité, le berceau de production de petites statuettes peintes en terre cuite auxquelles on attribua le nom de la ville. Redécouvertes par centaines en 1870 lors de fouilles archéologiques, les tanagras sont souvent représentées dansant ou jouant avec un cerceau, et caractérisées par des attitudes gracieuses et une beauté manifeste. Lors de l’exposition universelle de Paris de 1878, les tanagras obtiennent un succès fulgurant et envahissent le marché de l’art et des antiquaires, très vite inondés de faux.

Les éléments qui caractérisent la joueuse de cerceau de la sculpture de Gérôme : sa taille, ses vêtements, sa position, montrent qu’elle est une reproduction fidèle des tanagras redécouvertes vingt ans plus tôt. Il inclut aussi dans sa composition quelques références aux fouilles archéologiques : la ruine architecturale, la pioche et la terre retournée qui forment le socle de la sculpture. La femme assise quant à elle, agit comme l’allégorie de la ville de Tanagra, protégeant le trésor antique. Tous les éléments qui composent la sculpture concourent à rendre hommage aux tanagras antiques.

Le choix de la polychromie appliquée à la sculpture s’avère être, au XIXe siècle très novateur. Tout au long du siècle, à la suite des découvertes archéologiques des sites de Pompéi et Herculanum, de vifs débats naissent autour de la question de l’existence, ou non, de la polychromie sur la sculpture antique. Pour peindre sa sculpture, Gérôme reprend une technique antique : la peinture à l’encaustique qui est un alliage de cire et de pigments. Par le respect de cette technique, il crée une fois de plus un hommage à l’Antiquité.

Gérôme signe là sa sculpture d’un geste audacieux, son entourage ne tardant pas à critiquer ce parti pris. Il dira à ce propos dans une lettre : « J’ai essuyé bien des déboires pour avoir voulu braver la sainte routine et mes confrères les sculpteurs m’ont pris en aversion et en horreur, ce qui m’est d’ailleurs égal et je ne m’attendais pas à tant d’honneur.» (J.-L. Gérôme à Osman Hamdi Bey, 1893).

Le lien qu’il entretient avec Adolphe Goupil lui donne l’occasion de diffuser sur le marché artistique des répliques miniatures de sa sculpture, qui, de ce fait, s’exportent à l’étranger. L’artiste anglais Sir Lawrence Alma-Tadema reprendra d’ailleurs le motif de la joueuse de cerceau dans l’œuvre L’âge d’or, inspirant au personnage féminin la nostalgie de « l’âge d’or », de l’Antiquité perdue.

photo 5Sir Lawrence Alma-Tadema, The Golden Hour, 1908, huile sur toile, 35.5 x 33.5 cm, collection privée

Source image : Wikiart

Par la suite, Gérôme fera plusieurs références à la Tanagra. Dans Le travail du marbre (1895, huile sur toile, Greenwich, Dahesh Museum of Art.) il se place dans la peau d’un Pygmalion moderne, qui sculpte sa Tanagra, à l’instar de Pygmalion qui sculpte Galatée ; en lui « insufflant la vie ».

photo 6Jean-Léon Gérôme, Le travail du marbre, 1895, huile sur toile, 50.5 x 39.5 cm, Greenwich, Dahesh Museum of Art

Source image : Victorian Web

On retrouve dans La peinture insuffle la vie à la sculpture (1893, huile sur toile, Toronto, Art Gallery of Ontario) le motif de sa joueuse de cerceau. En l’intégrant ici dans un atelier de fabrication antique, il mêle création moderne et contexte antique, principe cher aux artistes néo-grecs.

photo 7Jean-Léon Gérôme, Sculpturae vitam insufflatpictura (la peinture insufflant la vie à la sculture), huile sur toile, 1893, 50.1 x 68.8 cm, Toronto, Art Gallery of Ontario

Source image : Boulevard du 19e

Gérôme signe là une œuvre qui participe à affirmer les principes du cercle des Néo-grecs : représenter l’Antiquité avec une empreinte moderne et restituer les valeurs antiques.
Le choix de l’artiste de l’avoir conçue comme une sculpture polychrome est guidé à la fois par le respect archéologique, et par ses préférences esthétiques ; il dira d’ailleurs à ce sujet « j’ai toujours été effrayé par la froideur des statues, si, une fois l’œuvre achevée, on la laisse à l’état de nature ». L’enjeu de la Tanagra réside dans son affirmation de la couleur, ce qu’il réitérera avec Corinthe (1903-1904, plâtre polychrome, cire colorée et fil métallique, Paris, Musée d’Orsay).

photo 8Jean-Léon Gérôme, Corinthe, 1903-04, plâtre polychrome, cire colorée et fil métallique, 47.5 x 33 x 30 cm, Paris, Musée d’Orsay

Source image : Connaissance des Arts

Mathilde Botreau Roussel Bonneterre

UPJV – L1 Histoire de l’Art

Bibliographie :

ACKERMAN, Gerald, Jean-Léon Gérôme, sa vie, son œuvre, Paris, ACR Editions, 1997, 192p.

DES CARS, Laurence, Gérome de la peinture à l’image, Paris, Gallimard, 2010, 9p.

DES CARS, Laurence, FONT-REAULX, Dominique de, PAPET, Edouard (sous la direction de), Jean-Léon Gérôme (1824-1904), l’histoire de spectacle, Paris, Skira Flammarion, 2010, 370p.

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