Fouilles archéologiques au Palais des Sports d’Amiens

Amiens, ou Samarobriva de son nom gallo-romain, est une ville empreinte d’histoire et de vestiges. En témoignent les nombreuses fouilles archéologiques qui y ont été menées, comme récemment les fouilles archéologiques de la Citadelle, sous la direction de l’archéologue Josabeth Millereux-le-Bechennec. Cet article se concentrera sur les fouilles du Palais des Sports/Coliseum ayant eu lieu entre 1993 et 1994, sous la direction d’Eric Binet.

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Insula de Samarobriva (Amiens) au IIIe siècle, d’après D. Bayard et JL Massy

Image : Revue Archéologique de Picardie (voir bibliographie)

En 1990 l’archéologue et conservateur Noël Mahéo a réalisé un premier sondage du chantier révélant les vestiges d’une insula ( parcelle de terrain ; quartier de Samarobriva) datant de l’époque gallo-romaine. Les fouilles archéologiques réalisées en 1993 ont fait suite à un projet de ré aménagement du palais des sports. Il s’ agit donc de fouilles archéologiques préventives. Il faut savoir qu’il s’agissait là du plus gros chantier alors fouillé à Amiens. Il a permis de répondre à certaines problématiques sur les habitations, leur organisation et leur évolution. Plus tard les archéologues ont constaté que chaque maison de l’insula possédait son évolution propre, dans le temps.

Screenshot_2014-10-02-16-08-19-1Tableau schématique et chronologique des maisons du site

Image : Revue Archéologique de Picardie (voir bibliographie)

Les fouilles se sont déroulées en plusieurs étapes ; tout d’abord un premier décapage du site a mis à jour les fondations de l’ancienne caserne militaire, la caserne Stengel, datant du XVIIIe siècle et dont aujourd’hui il ne nous reste que la façade rue Martin Bleu-Dieu.

image 3Façade de la caserne Stengel à Amiens

Source image : Amiens Wiki

Puis, en descendant un peu plus, l’équipe d’archéologues a pu relever une fosse datant de l’époque moderne. Aucune zone d’occupation n’a été relevée en association à cette fosse. Les archéologues ont donc entrepris les fouilles de cette fosse conjointement au décapage du niveau antique des vestiges.

L’équipe d’archéologues a dû élaborer une stratégie pour pouvoir fouiller rapidement 10.000 m² de terrain. Il a été convenu de ne pas fouiller les deux rues au sud et à l’ouest de l’insula. En effet, celles-ci ont en grande partie disparu suite aux nombreuses constructions qui ont été faites à cet endroit, et à cause de la grande fosse de dépôt.

image 4Plan du chantier au niveau des vestiges antiques à l’état I – on y remarque un découpage en plusieurs parcelles qui correspondent aux emplacements des maisons

Image : Revue Archéologique de Picardie (voir bibliographie)

Six (VI) états ont été déterminés. Les états ici nommés,  correspondent à des périodes chronologiques définies par les archéologues,  en fonction des vestiges et du matériel retrouvés en fouilles, ces états permettent de comprendre l’évolution chronologique des Domus de l’insula. : l’état I concerne toutes les maisons situées entre l’an 20 après Jésus-Christ.

Screenshot_2014-10-02-16-07-56-1Restitution de l’état I, première moitié du Ier siècle après J.-C., dessin d’Eric Devisscher

Image : Revue Archéologique de Picardie (voir bibliographie)

Screenshot_2014-10-02-16-08-06-1Reconstitution de l’insula à l’état I, première moitié du Ier siècle après J.-C., collection du Musée de Picardie – maquette de Jean-René Chatillon, d’après Noël Mahéo et Eric Binet – cliché Musée de Picardie -Marc Jeanneteau)

Image : Revue Archéologique de Picardie (voir bibliographie)

Comme dit précédemment, chaque maison du site évolue différemment, et ne passe pas d’un état à un autre au même moment. Au moment de l’état I, les maisons restent sur le modèle d’habitations gauloises, ossatures en bois et murs en torchis. En prenant en exemple la maison 1 (on prend en exemple la maison I car on ne peut pas parler de toutes les maisons de l’insula; de plus cette Domus est bien significative des évolutions qu’ont subi les habitations au cours du temps), nous remarquons que l’évolution de celle-ci se fait flagrante à partir de l’état III, entre 60 et 80 après Jésus-Christ (se référer au tableau schématique des évolutions chronologiques des maisons).

A cet état, la maison I prend la forme d’un U, 17 pièces sont regroupées autour d’un péristyle ouvrant sur une cour intérieure.

Screenshot_2014-10-02-16-08-46-1Vue de la maison I à l’état III – photo d’Eric Binet

Image : Revue Archéologique de Picardie (voir bibliographie)

Screenshot_2014-10-02-16-08-35-1Vue des maisons I et II (maison I à gauche), photo d’Eric Binet

Image : Revue Archéologique de Picardie (voir bibliographie)

Les autres maisons de l’insula suivent le même modèle d’évolution, mais avec une chronologie différente. Cela dit, pour toutes les maisons de l’insula l’état V débute au même moment, on situe son commencement aux environs de 125 après Jésus-Christ. A ce moment-là nous constatons de nombreux changements. La totalité des maisons sont composées de murs en dur, les murs sont faits de moellons de craie ou de calcaire.

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Vue des façades des maisons 3 et 4, entre 110 et 120 après J.-C., maquette de Jean-René Chatillon, d’après Noël Mahéo et Eric Binet, collection du Musée de Picardie – on remarque la grande entrée de la maison 4 – photo de Marc Jeanneteau (MP)

Image : Revue Archéologique de Picardie (voir bibliographie)

Screenshot_2014-10-02-16-09-56-1Reconstitution des maisons, entre 110 et 120 après J.-C., maquette de Jean-René Chatillon, d’après Noël Mahéo et Eric Binet, collection du Musée de Picardie, photo de Marc Jeanneteau (MP)

Image : Revue Archéologique de Picardie (voir bibliographie)

Enfin, il est intéressant de constater comment et à quel rythme ont évolué les habitations de cette insula. Différents états, déterminés par les archéologues, ont permis de voir qu’au fur et à mesure du temps la superficie des maisons a augmenté et les matériaux ont changé, privilégiant des matériaux plus solides. Grâce à cela l’architecture a pu évoluer, aussi grâce aux murs plus solides les maisons peuvent être plus grandes et comporter des étages. Il est aussi intéressant de voir l’influence qu’a eu la domus romaine, sur le style d’habitations du reste du territoire gallo-romain. En effet, si nous comparons par exemple une domus de la ville d’Oplontis, Rome ou Pompéi, et une maison de ce site, nous y constaterons certaines similitudes, comme le péristyle et les nombreuses pièces l’entourant. Il apparait donc que, l’Empire gallo-romain a  largement été inspiré par l’architecture romaine qui, elle-même, tire son influence du modèle grec.

image 11Vue sur le péristyle de la maison Vetti à Pompéi

Image : Photographie de Patricio Lorente

Céline Rigaut

UPJV – L2 Histoire de l’Art

Bibliographie et webographie:

BINET Eric, Evolution d’une insula de Samarobriva au Haut-Empire, Les fouilles du « Palais des Sports/Coliseum » à Amiens (Somme), revue archéologique de Picardie, n°27, 2010

http://www.persee.fr

http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/

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