Naissance du « Versailles picard » – 1/3 : Mise en place d’un projet

Mercredi 22 octobre 2014, étaient célébrés les 150 ans d’ouverture au public du Musée de Picardie. Rien de tel pour cela, que de faire appel à un renom de la Sorbonne, Arnaud Bertinet (Maître de conférences à l’université Paris I Sorbonne, auteur de Les musées de Napoléon III, Une institution pour les arts 1849-1872 (2014)), pour ouvrir les portes de l’histoire de ce monument.

150 ans musée picardieCouverture du livret des 150 ans du Musées de Picardie, 2014, Amiens

Source image : Facebook Musée de Picardie

Étant native d’Amiens, il m’est apparu comme une évidence d’assister à cet événement. Mais surtout, en tant qu’historienne de l’art je ne pouvais y déroger. En effet, quoi de plus parlant qu’un musée pour exprimer toute son admiration aux artistes ? J’ai par conséquent jugé bon de vous remettre en mémoire la création de ce monument phare de la « petite Venise du Nord ».

19h00 tapante : Amiénois de tous âges et de divers horizons attendent avec impatience la conférence. Ne pourrions-nous pas distinguer, à travers ce mélange des générations, un devoir de citoyenneté ? Ils paraissent tous animés par le même désir : rendre hommage à cet édifice, vecteur de foisonnement artistique, intellectuel et culture, faisant de notre beau pays un foyer unique.

Installés confortablement sur leurs chaises, admirant les œuvres de Puvis de Chavanne, tous semblent recueillis dans ce lieu chargé de souvenirs. Soudain, les lumières s’éteignent : il est temps de voyager dans le passé.

Le militantisme de la Société des Antiquaires de Picardie

Arnaud Bertinet ne tarde pas à rentrer dans le vif du sujet, le spectateur voit alors défiler dans son esprit des soubresauts du XIXe siècle :

Il était une fois la naissance du « Versailles picard », surnommé aussi le « Petit Louvre de la Province », le musée d’Amiens, construit à partir de 1853. Celui-ci reprend et développe l’esprit du nouveau Louvre voulu par Napoléon III.

Avant de parler du bâtiment en tant que tel, remettons en perspective les prémices de la mise en œuvre du musée.

Cette élévation, c’est avant toute chose le fruit  d’une société savante :  La Société des Antiquaires de Picardie (S.A.P.), fondée en 1836, sans qui le projet n’aurait pu voir le jour. Elle avait pour buts initiaux d’encourager les arts (locaux notamment), de sauvegarder le patrimoine et enfin de partager les connaissances. Encore active aujourd’hui (elle possède d’ailleurs une salle au sein du musée, située à gauche de l’entrée principales, où sont organisées des conférences), elle ne cesse de prôner ces valeurs à travers des ouvrages qu’elle publie régulièrement.

Outre ces grands fondamentaux qui habitèrent ces hommes lettrés, leur volonté profonde fut également de construire un véritable palais dédié aux arts et à la gloire de la Picardie.

Parmi les quinze fondateurs et une quarantaine de membres à l’époque, nous pouvons citer deux antiquaires déterminés à édifier le musée : le comte Félix de Beaumont et Charles Dufour, maître d’œuvre du projet.

felix-bellator de beaumont - sénateur de la somme durant second empireLe comte Félix de Beaumont (1793-1866), sénateur de la Somme de 1852 à 1866, XIXe siècle, dessin au crayon

source image : Sénat

Rapidement, Beaumont attira la bienveillance du futur empereur Napoléon III sur le dessein de la Société des Antiquaires de Picardie, et profita de son autorité pour accélérer le projet de construction.

Le 18 juillet 1851, la Société des Antiquaires de Picardie est reconnue d’utilité publique : désormais protégée par l’État, la société savante peut recevoir des legs.

Le « jackpot » de la loterie

La machine est en marche, le 13 mars 1852 : l’empereur donne la permission exceptionnelle à la Société des Antiquaires de Picardie d’émettre des loteries, indispensables pour financer la construction du musée. A ce sujet, Arnaud Bertinet, tenant en haleine son public, nous glisse une petite anecdote : dans un premier temps, Napoléon III refuse ces loteries ; mais Dufour jouant la sourde oreille, mène à bien son projet. L’empereur, surpris par cette détermination, capitule et déclare que ce serait les seules loteries permises pour un projet de cette ampleur. Deux loteries seront finalement nécessaires.

billet loterie 1863Billet de loterie du Musée Napoléon, 1863, Amiens, Société des Antiquaires de Picardie

Source image : Picardia – l’encyclopédie picarde

A la fin de l’année 1853, un grand concours d’architecture est lancé pour réaliser le Musée Napoléon, ainsi nommé en l’honneur de Napoléon Ier qui remit à la ville une série de tableaux lors de la Paix d’Amiens en 1802, et du nouvel Empereur des Français, Napoléon III. Les termes de ce concours donnent une idée du bâtiment à venir : les plans devront comprendre « une façade principale dans un beau caractère monumental« , quatre sections d’exposition (peinture, sculpture, antiquités, sciences naturelles), diverses galeries éclairées et un « grand escalier, d’un beau style« .

Le 20 avril 1854, l’affaire se concrétise : l’empereur Napoléon III lègue à la Société des Antiquaires de Picardie le terrain de l’ancien Arsenal, dans la rue de la République : le musée a trouvé son adresse, au cœur de la ville d’Amiens. Le « Versailles Picard » est enfin né.

A suivre : Naissance du « Versailles picard » – 2/3 : Un nouveau « Palais-musée »

Solène de Thieulloy

UPJV – L1 Histoire de l’Art

Sources :

Arnaud BERTINET, Les 150 ans du Musée de Picardie, conférence donnée le 20 novembre 2014 au Musée de Picardie (Amiens)

PICARDIEMUSES – Site de l’Association des conservateurs des musées de Picardie

PICARDIA – L’encyclopédie picarde

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