Vendredi 13 novembre 2015 – Affliction

Paris, la nuit du vendredi 13 novembre 2015. Attentats perpétrés par des djihadistes du groupe auto-proclamé « Etat islamique ». Le lendemain, la France se réveille, sous le choc : au moins 120 morts, plus de 200 blessés. Les rues de Paris se vident, les commerces, cinémas, musées ferment, les concerts sont annulés, les spectacles repoussés à des dates ultérieures, les gens n’osent pas sortir de chez eux, on s’inquiète de savoir si ses proches sont en vie, indemnes. Un sentiment prédomine en ce triste samedi de novembre : l’affliction.

Tombeau_du_chanoine_Lucas_Amiens_Ange_pleureur130608

Nicolas Blasset, Ange pleureur, 1636, Amiens, cathédrale Notre-Dame

Source image : Wikipédia

En pareil moment, l’image de l’Ange pleureur, réalisé en 1636 par le sculpteur amiénois Nicolas Blasset (1600-1659), et qui orne le mausolée du chanoine Guilain Lucas (mort en 1628) dans la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, illustre pleinement ce sentiment : le petit putto, dont on retrouve souvent des représentations si joyeuses, est ici empreint de tristesse, le coude droit reposant sur un crâne, symbole de la mort, la main gauche appuyée sur un sablier, évocation du temps qui passe, de la brièveté de la vie.

09magdal

Georges de la Tour, Madeleine à la veilleuse, 1640-45, huile sur toile,  musée du 128 x 94 cm, Paris, Musée du Louvre, inv. R.F. 1949-11

Source image : Web Gallery of Art

La réflexion sur le temps qui passe, la mort, est un thème qui inspira de nombreux artistes, notamment le grand peintre français, Georges de la Tour (1593-1652), qui s’inspira du personnage biblique de Marie-Madeleine pour traiter ce sujet. Ainsi, quatre tableaux sont aujourd’hui recensés dans le monde : au musée du Louvre (Paris), au Los Angeles County Museum of Art (Los Angeles), au Metropolitan Museum of Art (New-York) et à la National Gallery (Washington). Tous présentent un schéma de composition similaire : à chaque fois l’on retrouve Marie-Madeleine, cheveux lâchés, vêtue d’une chemise blanche et d’une jupe rouge, assise à une table où se trouve une bougie, la main posée sur un crâne ou le touchant, le regard tournée vers la flamme, méditative, l’ensemble de la composition étant sombre, la seule source de lumière étant la bougie. Ici c’est cette bougie qui se consume qui évoque le temps qui passe, le crâne, lui, rappelant toujours la mort.

faivre mort princesse lamballeLéon-Maxime Faivre, Massacre de la princesse de Lamballe, 1908, huile sur toile, 265 x 367 cm, Versailles, château de Versailles

Source image : L’histoire par l’image

Face à ce type d’événements, tragiques, sanglants, comment réagir ? Certains seraient tentés de répondre à la terreur par la haine. Mais trop d’exemples, dans l’histoire de France notamment, nous montrent toute l’horreur que ce type de comportement peut engendrer. Regardons ce tableau de Léon-Maxime Fauvre (1856-1941), ancien élève de Jean-Léon Gérôme : Massacre de la princesse de Lamballe ; sans prendre parti pour l’un ou l’autre camps, ce tableau représente un moment sanglant de notre histoire, qui montre à quels paroxysmes les hommes peuvent arriver lorsqu’ils se laissent guider par la haine, la colère, la peur. On voit dans cette oeuvre le corps de l’intendante de Marie-Antoinette, nu, blanc, allongé sur le sol, un groupe de révolutionnaires, tous âges et tous sexes confondus, le regardant avec curiosité, comme un bout de viande. La scène déjà choque face à tant d’indifférence, d’horreur. L’artiste a pourtant été sage, et n’a pas choisi de représenter la décapitation qui va suivre, ni la tête plantée au bout d’une pic et baladée dans les rues de Paris, ou les mutilations obscènes et sanguinaires que les révolutionnaires commettront sur le corps de la princesse. Mais déjà, par l’exposition de ce corps mort et nu, exhibé à la risée publique, on ne peut que pointer du doigt le danger et l’horreur que nos émotions et nos craintes peuvent provoquer lorsqu’elles ne sont pas contrôlées.

la-douleur---emile-friant

Emile Friant, La douleur, 1898, huile sur toile, Nancy, Musée des Beaux-Arts

Source image : lintern@ute

Face à toute le souffrance, la colère, la tristesse engendrés par des événements comme celui qui est arrivé durant cette triste nuit du 13 novembre 2015, que pouvons-nous faire ? à l’exemple du tableau d’Emile Friand (1863-1932), La douleur, commençons par pleureur nos morts.

208delac

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple (28 juillet 1830), 1831, huile sur toile, 2,60 x 3,25 m, Paris, Musée du Louvre

Source image : Web Gallery of Art

Après le temps des larmes, vient le temps de la réflexion. Si la Liberté doit guider nos pas, il n’est pas nécessaire d’emprunter les chemins de la violence, de la haine, des émotions, de la guerre ou la révolution, comme dans l’œuvre d’Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple. Tâchons plutôt de continuer à vivre, malgré nos doutes et nos peurs, et à œuvrer, dans l’unité et la paix, pour les valeurs qui sont celles de la France, « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Thérèse Kempf

UPJV – L3 histoire de l’Art

1 commentaire

  1. Superbe ! Merci pour cette composition portée par ces chefs d’oeuvres … à l’heure où maintes analyses se croisent où les cris des blessés résonnent toujours dans nos oreilles, il est bon de vous lire … pour ma part depuis quelques heures j’écoute le Trauerode BWV 198, Cantate BWV 78 de JS Bach, la musique adoucit souvent la peine et rejoint l’esthétique …

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s