Le portrait des époux Arnolfini de Jan Van Eyck

En 2006 le quotidien britannique The Guardian incluait cette œuvre dans une liste de vingt « qu’il fallait voir avant de mourir« . L’année précédente, un sondage radiophonique lui donnait la quatrième place parmi les plus beaux tableaux du Royaume-Uni.

Arnolfini whole

Jan Van Eyck, Le portrait des époux Arnolfini, 1434, huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres, UK

Source image : Web Gallery of Art

Il s’agit d’un portrait en pied d’un homme et d’une femme richement vêtus, le couple se trouve dans une chambre luxueusement décorée. L’homme serait Giovanni Arnolfini, marchand italien de Lucca en Toscane, et son épouse Giovanna Cenami. A cette époque, Giovanni Arnolfini, le commanditaire, était résident à Bruges, ville florissante membre de la ligue hanséatique. Cette ville occupa rapidement une place de capitale économique de l’Europe au nord des Alpes grâce au commerce de la laine en particulier. Sous Philippe III dit le Bon, duc de Bourgogne et des Pays-Bas bourguignons (1419-1467), la ville devint un centre de la vie de la cour, et la capitale de l’art flamand. Bruges fut à la même époque le centre de l’enluminure et aussi celui de l’imprimerie, très peu de temps après l’invention de Gutenberg. À Bruges furent imprimés les premiers livres en français et en anglais.

L’artiste : 

Jan van Eyck serait né à Masseyck, à une trentaine de kilomètres au nord de Maastricht. Cependant les documents font défaut pour définir avec précision sa date de naissance ; tout au plus peut-on supposer qu’il est né vers 1390. Quant à sa formation, elle reste énigmatique si ce n’est qu’on le sait avoir travaillé avec son frère aîné, Hubert van Eyck à la composition du Triptyque de l’Agneau mystique en 1432 et probablement être influencé par le maître de Flémalle, identifié comme étant Robert Campin (v. 1378-1444). La première mention documentaire date de 1422 et renseigne Jan van Eyck en tant que peintre et valet de chambre au service de Jean de Bavière, comte de Hollande, pour lequel il s’occupe de la décoration du château.

Agneau mystique trees

Hubert et Jan Van Eyck Triptyque de l’Agneau mystique (détail), 1432, Huile sur panneau de bois, 350 x 461 cm, Belgique, Gand, Cathédrale Saint Bavon

Source image : Closer to Van Eyck, rediscovering the Ghent Altarpiece

Après cette fonction, en 1425, il est nommé peintre et valet de chambre de Philippe le Bon, duc de Bourgogne et comte de Flandre. Ce qui signifie qu’il est rémunéré par le duc. À plusieurs reprises, Van Eyck a accompli des voyages diplomatiques pour son maître. Le premier l’amène en Aragon, le second au Portugal, afin de demander la main d’Isabelle, la fille du roi Jean Ier. Ces voyages, riches en expériences, ont permis à Van Eyck, de passer dans diverses contrées, dans la péninsule Ibérique, en Aragon, en Castille… et partout, il a noté, dessiné, croqué des éléments de paysages, des fragments d’architectures qu’il utilise pour élaborer ses compositions picturales. Il donnera ainsi la preuve qu’il connaît, par exemple, la végétation méditerranéenne (voir le Triptyque de l’Agneau mystique). De son vivant même il est reconnu comme l’un des plus grands peintres de son temps. Giorgio Vasari (1511-1574) le tient même pour l’inventeur de la peinture à l’huile. Il meurt à Bruges le 9 juillet 1441

Le portrait au XVème siècle

Ce tableau appartient à un genre en plein développement au XVème siècle, le portrait. Il s’agit d’un double portrait en pied, assez rare à cette époque. On peut affirmer qu’on assiste à la Renaissance à une émergence du « je » non seulement parmi les artistes qui commencent à signer leurs œuvres mais aussi parmi les commanditaires. Il y avait production de portraits au XIVème siècle et auparavant, mais on parlait alors d‘image ou d’effigie et l’on ne mettait pas l’accent sur la ressemblance. Au XIVe siècle, en italien, on utilise le terme « ritratto » (pour trait), c’est-à-dire que l’on recherche vraiment à faire une copie du modèle. En 1508 Dürer écrit que l’un des deux propos de la peinture est « de préserver l’apparence d’une personne après sa mort. ». Pour fonctionner correctement un portrait se doit d’être d’une ressemblance criante. Le sujet est d’autant plus original que nous avons ici le portrait d’un couple bourgeois. Jusqu’à présent les artistes ne peignaient que le visage des nobles, des personnes de pouvoir civil, militaire ou religieux. Cette œuvre montre d’une manière éclatante l’émergence d’une bourgeoise riche dans une ville en plein essor économique.

Les hypothèses les plus diverses ont été émises quant au sujet même de ce tableau. Que représente-t-il ? On a dit que la dame était enceinte. Or, plusieurs représentations montrent qu’il s’agit d’une mode vestimentaire plutôt que la forme arrondie d’une grossesse.

Madonna triptich circle

Jan Van Eyck, Triptyque de Dresde, vers 1437, Huile sur panneau, 27,5 x 21,5 cm (centre), 27,5 x 8 cm (chaque côté), Gemäldegalerie, Dresde, Allemagne

Source image : Web Gallery of art

RvdWeyden - 7 sacrements détail

Rogier van der WEYDENLes sept sacrements (panneau droit), 1445-50
Huile sur panneau, 119 x 63 cm, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Anvers, Pays Bas

Source image : Web Gallery of Art

En 1934 une querelle fait rage entre Erwin Panofski, historien d’art allemand et Louis Dimier, un homologue français (aux travers d’articles dans le Burlington magazine, encore publié aujourd’hui.). Louis Dimier affirme que le tableau représente Van Eyck et son épouse. Erwin Panofski, réfute l’argument en affirmant que ce tableau était pour ainsi dire une sorte de document officiel, de certificat de mariage grâce à la présence de cette signature si visible au dessus du miroir et à celle réfléchie de deux « témoins ».

Full title: The Arnolfini Portrait Artist: Jan van Eyck Date made: 1434 Source: http://www.nationalgalleryimages.co.uk/ Contact: picture.library@nationalgallery.co.uk Copyright © The National Gallery, London

Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

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Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

En 2003 Margaret Kostner, historienne de l’art britannique émet l’hypothèse qu’il s’agit bien de la représentation d’un couple mais que Madame Arnolfini était décédée (probablement des suites de couches) ses arguments : son visage est idéalisé, sa peau ressemble à de la porcelaine tandis que le visage de son mari est lui beaucoup plus réaliste, il porte des vêtements sombres (avant que la mode s’en répande dans la cour de Bourgogne), le miroir est orné de scènes de la passion du Christ, celles de son vivant sont à gauche, du côté d’Arnolfini, à droite les scènes de sa mort et de sa résurrection, du côté de son épouse. La bougie, symbole de la vie, est allumée au dessus d’Arnolfini, celle qui vient de s’éteindre du côté de son épouse.

Arnolfini lustre

Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

Il est certain cependant que ce tableau montre un couple marié. Dans ce contexte le chien pourrait être un symbole de fidélité. La seule bougie allumée celui de l’œil de Dieu qui voit tout. Symbole renforcé par le miroir orné d’épisodes de la passion du Christ. La figure sculptée sur le banc est sainte Marguerite patronne des femmes sur le point d’accoucher. Les fruits rappellent le paradis terrestre et l’état d’innocence et de pureté avant la chute. Les sabots et les sandales peuvent faire songer à un lieu sacré où le port des chaussures ne sont pas admis.

Arnolfini chien

Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

maguerite

Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

Arnolfini fruits

Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

Arnolfini chaussures rouges

Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

Arnolfini chaussures

Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

Marianne Bournet-Bacot, consacre une page à cette œuvre dans son Portrait de couple en Allemagne à la renaissance. intitulée : Le mariage au risque de la tentation. Elle y souligne la richesse du lieu, luxueux écrin d’une bourgeoisie en recherche de dignité et de reconnaissance, mais surtout la tension, l’ambiguïté qui règnent au sein du couple. La femme d’une grande beauté, la main ouverte, le regard direct est l’image de la tentation même ; l’homme, qui accepte la main, ne donne pourtant pas l’impression de vouloir s’abandonner aux délices du péché : son attitude hiératique, la main levée qui semble tenir l’épouse à distance, montrent à la fois son désir de s’unir à elle mais aussi de respecter le caractère sacré de leur union proclamée devant l’Eglise.

Jan Van Eyck peintre réaliste ?

L’œuvre est fortement structurée par un réseau de lignes verticales : le lustre qui divise la scène en deux parties presque égales, les deux personnages bien droits et assez figés, les montants de la fenêtre à gauche, le dossier de la chaise, les montants du prie-dieu, les retombées des courtines et obliques: les lames du plancher, le bord du tapis, les solives du plafond, la traverse de la fenêtre, le ciel du baldaquin. Ces obliques mènent le regard vers l’arrière plan par étapes du premier plan occupé par les socques à gauche et le petit chien au centre, en passant par le couple, le buffet à gauche , le lit à droite, pour atteindre le cercle du miroir convexe qui occupe le mur du fond, miroir circulaire qui partage ses courbes avec celles du lustre qui le surplombe et l’arc de cercle formé par les bras des deux époux .

Arnolfini obliques

Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini, 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

Montage image: © Thérèse Kempf

L’intérieur est baigné par la douce lumière provenant de la gauche de l’observateur par deux fenêtres, l’une située derrière les époux, l’autre invisible située devant eux. La première éclaire l’arrière plan, la seconde le couple Arnolfini. La lumière enveloppe toute la scène et permet à l’artiste de faire une démonstration éblouissante de son savoir-faire ; il joue sur les tons : l’épaule droite d’Arnolfini se détache par des touches claires sur le volet plus sombre, par contre son épaule gauche plus sombre se détache sur le mur clair. De même, dans un tableau aux couleurs chaudes, la robe bleue et le surcot vert de l’épouse et se détachent nettement sur le lit rouge et l’ensemble du tableau. Cette lumière que Van Eyck maîtrise si bien, l’artiste la fait jouer sur une multitude de surfaces aux textures différentes: les poils soyeux du petit chien, les perles du rosaire accroché au mur, les bras de laiton poli du lustre, la fourrure de martre du maître de maison, celle d’hermine de la maîtresse de maison, sa coiffe de dentelle.

La dame regarde son mari d’une manière très soumise et humble. Arnolfini qui fait fasse aux spectateurs (ou aux deux personnages à l’entrée de la pièce), ne les regarde pas, son regard dirigé sur sa gauche. Seul le petit chien regarde les visiteurs. Ces regards non croisés donnent un air de mystère et d’immobilité à toute la scène. Il s’agit d’une scène intime (tendresse dans les mains qui se touchent) et pourtant quelque chose nous tient à distance : sont-ce ces regards divergents?

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Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

Il est également intéressant d’observer comment Van Eyck traite la silhouette des deux personnages. Arnolfini possède une très grosse tête (au front modeste) qui s’accorde avec ses mains, mais pas avec ses bras; ses épaules sont très étroites et la partie supérieure de son corps rétrécie. C’est un processus que Van Eyck semble avoir appliqué à tous ses modèles masculins. Par contre dans ses portraits de femmes, il agrandi le front, bras et épaules sont diminuées. Ce haut front était la dernière mode de l’époque ; ainsi les dames s’épilait et se rasait le front afin qu’il semble plus haut. Les doigts de la femme sont incroyablement longs, en particulier ses pouces. Son nez est vu davantage de profil que le reste de son visage. De telles altérations dans le rendu des visages et des proportions semblent avoir eu pour but de rendre les personnages plus ressemblants.

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Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

Quant au miroir, il réduit à la fois toute la scène et l’ouvre tout en la déformant, vers un ailleurs que sans lui l’observateur ne pourrait atteindre, l’envers du décor en quelque sorte : on aperçoit en effet, outre une seconde fenêtre que l’éclairage des personnages nous avait fait deviner, mais aussi deux autres personnages, l’un vêtu de bleu, l’autre de rouge et l’éclat lointain d’une troisième source de lumière. Mais où sont donc le peintre, son chevalet, ses pinceaux? Faut-il rapprocher cette disparition de la signature « Johannes de Eyck fuit hic » ? Où « fuit » est un passé, Van Eyck fut ici, il n’y est plus. Il y a là un jeu subtil avec le temps qui s’écoule et la peinture miroir du réel, dans laquelle on voit un miroir qui reflète un monde hors champ, monde mensonger ? Où fut le peintre …. Voilà une intéressante mise en abîme . Alors Van Eyck est -il un peintre réaliste ? L’on peut répondre par l’affirmative car il s’affranchit très nettement des codes du style international mais nuancer ce jugement car son but n’est pas de représenter mécaniquement le réel, mais de donner l’illusion du réel.

Arnolfini miroir

Jan Van Eyck Le portrait des époux Arnolfini (détail) 1434, Huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres

Source image : Web Gallery of Art

Jan Van Eyck, le novateur

L’évolution de l’artiste se laisse mal discerner. Sa carrière connue est très courte: dix-neuf ans dont les dix premières restent très mystérieuses. Son œuvre de jeunesse semble avoir totalement disparu et Le triptyque de l’Agneau mystique dont la datation est certaine (1432) semble faire charnière avec ses œuvres de maturité. L’héritage gothique est sensible dans la Vierge dans l’église réalisée vers 1425 : le thème de la mère de Dieu, mère de l’Eglise, présentée hors échelle dans l’architecture vient du Moyen-âge et son attitude s’inscrit dans une longue lignée de madones peintes et sculptées.

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Jan Van Eyck, La Vierge dans l’église vers 1425, huile sur bois, 32 x 14 cm
Staatliche Museen, Berlin

Source image : Web Gallery of Art

L’atelier brugeois dirigé par Van Eyck fonctionna de 1432 à 1441. C’est à cette époque que virent le jour, à une cadence soutenue, la plupart des œuvres que nous lui connaissons aujourd’hui. « Entre 1400 et 1440, on assiste aux Pays Bas à l’émergence d’une peinture d’un type tout à fait nouveau, représentée par les œuvres de Jan van Eyck, Robert Campin et Rogier van der Weyden. Cette peinture nouvelle rompt, apparemment sans transition, avec la tradition du « gothique international », style pluridisciplinaire encore prédominant, autour de 1400, dans de nombreuses cours princières européennes. […] Le langage stylisé du gothique tardif est remplacé par la reproduction de la réalité telle que la perçoit (ou conçoit) l’artiste» (Till-Holger Borchert (dir.), Le siècle de Van Eyck 1430-1530)Si les portraits doubles en pied étaient courants pour marquer des dynasties, il se peut fort bien que ce tableau soit le premier exemple survivant d’un couple dans un lieu privé. Les italiens admettaient volontiers au cours du XVème siècle que les peintres flamands étaient les maîtres dans l’art du portrait, ainsi le portrait de Margareta Van Eyck (1439)et qu’eux mêmes étaient un peu à la traîne. 

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Jan Van Eyck, portrait de Margareta Van Eyck, 1439, huile sur bois, 32 x 14 cm, Groeninge Museum, Bruges, Belgique

Source image : Web Gallery of Art

Les Italiens qui visitaient les Pays-Bas en profitaient pour y faire peindre leur portrait. Un des premiers à passer commande fut le cardinal Niccolo Albergati, vers 1431

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Jan Van Eyck, Cardinal Niccolò Albergati v. 1431, huile sur toile, 34 x 27.5 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche

Source image : Kunsthistorisches Museum

Les portraits flamands contrastaient alors avec les portraits produits par les artistes italiens qui travaillaient a tempera et restaient fidèles à la vue de profil. Antonello de Messine semble être celui qui a suivi au plus près le modèle de Van Eyck. Il s’inspire étroitement des fonds sombres et de l’éclairage latéral des portraits du maître flamand.

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Antonello de Messine, Portrait d’homme, vers 1475, Huile sur panneau, 36 x 25 cm, National Gallery, Londres, UK

Source image : Web Gallery of Art

Otto Kurz (1908-1975) compare le Portrait du couple Arnolfini avec les Menines de Velázquez (1656-57) : le peintre espagnol dut admirer l’œuvre de Van Eyck quand elle était dans les collections royales de Madrid et fut fasciné par l’invention du miroir qu’il reproduisit dans un contexte pourtant bien différent.

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Diego Velázquez, Las Meninas ou La famille de Philippe IV, 1656-57, 318 x 276 cm, Huile sur toile Musée du Prado, Madrid, Espagne

Source image : Web Gallery of Art

Résumons nous:

Van Eyck fut l’un des peintres les plus admirés de son temps des Flandres jusqu’en Espagne et en Italie ; il porte la technique de la peinture à l’huile à des sommets de perfection. Il est l’un des premiers à signer ses œuvres souvent dans l’encadrement où parfois il ajoute sa devise «  »Als ich Kan » = « De mon mieux » ». Son œuvre regroupe principalement des représentations mariales et des portraits, auxquels il donne une présence inégalée jusqu’alors; en cela il est un parfait représentant de la Renaissance. Il a laissé un héritage extraordinaire dont des générations de peintres se sont inspirés. En 1994 une étude réflectographique de l’œuvre a permis de révéler le dessin préparatoire des Epoux Arnolfini. Au-delà de l’émotion que doit susciter une approche aussi intime du geste de l’artiste , l’équipe de recherche a remarqué que, s’il a eu de multiples reprises et modifications dans les visages, la position des mains, il n’y avait aucun dessin préparatoire pour les détails tels que le chien, les fruits, la bougie, la statuette de sainte Marguerite et qu’ils avaient été ajoutés à la fin du processus de création. L’équipe en conclut que Van Eyck n’a certainement pas travaillé sur un programme symbolique soigneusement élaboré dès l’origine. La théorie qui veut que la peinture dise une histoire au delà du portrait semble être à reconsidérer.

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Jan Van Eyck, Portrait de Giovanni Arnolfini, 1435, Huile sur panneau de chêne 29 x 20 cm, Staatliche Museen, Berlin, Allemagne

Source image : Web Gallery of Art

Par contre les nombreux changements pourraient nous en apprendre un peu plus sur les relations entre Arnolfini et le peintre. Les deux hommes pourraient avoir été amis, le fait que Van Eyck ait peint un autre portrait d’Arnolfini semble le confirmer. Le double portrait pourrait avoir été un cadeau du peintre à son ami avec qui il était constamment en contact et discutait de chaque détail.

Jean-François Fournier

UPJV – Auditeur libre en Histoire de l’art

Bibliographie :

Marianne BOURNET-BACOT, Le portrait de couple en Allemagne à la renaissance d’un genre au genre – Le mariage au risque de la tentation, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 57-60

Jean ARROUYE, Eloquence de la peinture, figures seules et en couple, Aix-Marseilles, Presses universitaires de Provence, 2013

Lome CAMPBELL, Miguel FALOMIR, Jennifer FLECHTER, Luke SYSON, Renaissance Faces – Van Eyck to Titian, Londres, National Gallery Limited, 2008

Till-Holger BORCHERT (dir.), Le siècle de Van Eyck 1430-1530, Belgique, Andwerpen, Ed. Ludion, 2002

« L’influence de Jan Van Eyck et de son atelier », par Till-Holger BORCHERT et Erika LANGMUIR dans The National Gallery, le guide, Londres, National Gallery Limited, 1994, p.9

Giorgio T. FAGGIN, Tout l’œuvre peint des frères Van Eyck, Italie, Rizzoli Editore, 1968, Paris, Flammarion, 1969

PANOFSKY, ERWIN, Early Netherlandish painting, Londres, Havard University Press, 1953

« Jan van Eyck’s Arnolfini Portrait », par Panofsky, Erwin dans Burlington Magazine, 1934, n°64, p. 117–27

2 commentaires

  1. Cet article est vraiment passionnant ! On le lit avec avidité et l’agencement méticuleux des photos des détails permet de suivre avec précision les explications.
    Les Menines me sont aussi venues à l’esprit avant que l’article les évoque et l’analyse est là pleine d’enseignement …
    Merci !

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