Tim Yip, « In parallel », exposition à la Maison de la Culture d’Amiens, 2016

Tim Yip est un artiste, chef décorateur costumier chinois, né à Hong Kong le 22 décembre 1967, et célèbre pour ses costumes de cinéma. C’est avec le film Le Syndicat du Crime (John Woo, 1986) qu’il commence à travailler pour le cinéma, dans le département artistique. C’est depuis lors qu’il travaille dans les domaines de la conception artistique cinématographique et qu’il reçoit un Oscar de la meilleur direction artistique, et le British Academy Film Award des meilleurs costumes en 2001 pour Tigre et Dragon, le film à succès de Ang Lee sorti en 2000. En 2009, grâce au film du réalisateur John Woo, et à son film Les trois royaumes, il reçoit le prix de la meilleure direction artistique et des meilleurs costumes aux Hong-Kong Awards.

Tim Yip vit actuellement à Pékin, et expose régulièrement ses œuvres et ses costumes depuis le début des années 2000. Il réalise aussi en parallèle les costumes de la série télévisée Marco Polo (2014) de John Fusco, produite par The Weinstein Compagny. Possédant son propre studio, il photographie son environnement, ses voyages entre Orient et Occident et ses expériences. Il est actuellement connu comme l’un des artistes les plus novateurs du « nouvel orientalisme », un courant artistique englobant plusieurs médias (cinéma, art contemporain, théâtre, etc.), et qui puise son inspiration dans les codes traditionnels orientaux afin de les mélanger et de les adapter à la modernité Occidentale. Ce « mouvement » s’inscrit aussi bien dans l’Orient au sens propre du terme (Moyen-Orient, pays de culture musulmane, arabe et persane) mais aussi en Extrême-Orient (Japon, Chine, Inde, etc.). Ses œuvres d’art sont à cheval entre deux mondes, et mêlent l’esthétique de la Chine traditionnelle et la modernité occidentale des formes. Mais Tim Yip est surtout connu pour son étrange compagne, le mannequin de fibres de verre Lili, qu’il emporte avec lui partout et qu’il aime définir comme une part de chacun de nous. L’artiste travaille surtout la vidéo, la photographie et l’installation, qui semblent être ses médiums favoris, mais il revient instinctivement au costume, avec des créations hybrides d’entre deux mondes.

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Tim Yip, Desire (détail), 2016, bronze, Installation

Image : © Gaillard Gwendoline, 2016

« In Parallel » est une exposition à cheval entre deux mondes, entre plusieurs médiums, et qui amène le spectateur à se poser la question de l’identité et du souvenir. A travers Lili, Tim Yip amène à une réflexion sur la mort et la vie, l’Orient et l’Occident, l’imaginaire et le concret. Lili est un « miroir », un objet vide sur lequel chacun peut se transposer, mais qui a, selon son créateur, sa volonté propre. Elle est comme figée dans un temps, une époque, une dimension, mais semble aussi vivante. L’exposition de Tim Yip amène le spectateur à se poser également la question du souvenir et du devenir. Lili est à cheval entre deux mondes, comme une zone floue entre Orient et Occident, entre identité et vide. Elle gravite, se promène, pose, se laisse filmer, et chaque costume ou vidéo nous propose une facette de sa personnalité différente et qui absorbe le spectateur dans un univers parallèle, celui de Lili et Tim Yip.

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Tim Yip, Broken Lili, 2016, moulage

Image : © Gaillard Gwendoline, 2016

A travers certaines installations comme Broken Lili, Tim Yip rappelle le devoir de mémoire. Lili est là, en version géante, mais cassée, désarticulée, en souvenir du sacrifice des travailleurs chinois de la Somme durant la Première Guerre mondiale. Lili devient donc un réceptacle, les émotions s’incarnant à travers elle. Le mannequin de l’artiste existe en douze versions différentes, dont l’une, de 6 mètres de haut, semble nous plonger dans un univers d’infiniment petit, bouleversant les codes et les échelles, tandis que l’originale, discrète, dessine, nous imposant une distance instinctive afin de ne pas la déranger. Ces Lilis plus vraies que nature posent la question de l’identité et de la réalité de nos vies.

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Tim Yip, Lili dessine, 2016, installation

Image : © Gaillard Gwendoline, 2016

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Tim Yip, Giant Lili, 2016

Image : © Gaillard Gwendoline, 2016

A travers Lili, Tim Yip retrouve son médium favori, le costume, ce qui lui permet de la mettre en scène et de pouvoir changer sa personnalité au gré des envies de sa muse. En effet, Lili pense et demande. Elle s’interroge sur le monde, sur ces univers à la frontière floue, sur ces mondes parallèles, elle devient réceptacle de nos propres émotions et de nos propres interrogations.

« In Parallel » condense aussi l’essentiel des travaux de Tim Yip sur le costume, son esthétique et ce qu’il transmet. Grâce à eux, il condense les codes théâtraux traditionnels chinois et l’esthétique occidentale, dans des pièces choisies. Les univers se mélangent, s’ajoutent afin de créer un melting-pot unique, propre au « nouvel Orientalisme ».

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Tim Yip, Costume, 2016

Image : © Gaillard Gwendoline, 2016

« In Parallel » nous plonge au cœur de l’univers de l’artiste chinois Tim Yip et son égérie Lili, dans un monde trouble, flou, où tout s’entremêle, la mort comme la vie, l’Orient et l’Occident, l’émotion et le vide, rappelant cette « fascination d’Orient », chère à nos imaginations.

Gwendoline Gaillard

UPJV – Master 2 Recherche en Histoire de l’art, spécialité Archéologie Contemporaine

Exposition In Parallel, Tim Yip à la Maison de la Culture d’Amiens (2 place Léon Gontier, 80000 Amiens – tél. et réservations : 03 22 97 79 79), du 16 février au 15 mars 2016, entrée libre

 

1 commentaire

  1. Merci pour ce article formidable ! J’avoue être particulièrement passionnée par ce sujet mais vous réussissez à augmenter ma curiosité !
    J’ai beaucoup apprécié cette phrase :
     » Lili est à cheval entre deux mondes, comme une zone floue entre Orient et Occident, entre identité et vide.’
    Tout est dit mais tout est à découvrir encore et encore …
    Je lis cet article alors que je viens juste de voir le film : The Assassins … tout un autre programme mais les amateurs apprécieront aussi et finalement des fils relient votre article à certains aspects du film.
    Encore bravo !
    Lise Emke

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