La robe fourreau d’Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s (1961)

En 1961, la Paramount présente Breakfast at Tiffany’s (Diamants sur Canapé), réalisé par Blake Edwards (1922-2010), comédie romantique aux côtés parfois noirs inspirée d’une nouvelle de Truman Capote (1924-1984) ; l’histoire raconte la relation platonique entre deux voisins de palier, « Fred », ou Paul Varjak, jeune écrivain, et Holly Golightly, jeune femme naïve se prétendant mannequin et refusant de reconnaître qu’elle n’est en réalité qu’une call-girl. Le scénario a été confié à George Axelrod (1922-2003), l’auteur de Sept ans de réflexion réalisé par Billy Wilder (1906-2002) en 1955, la musique confiée à Henry Mancini (1924-1994), musicien de jazz connu du réalisateur, et les rôles principaux confiés à Audrey Hepburn (1929-1993) pour le rôle de Holly Golightly, et George Peppard (1928-1994) pour le rôle de Fred.

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Image : © Thérèse Kempf, 2016

Ce film va rencontrer un immense succès dès sa sortie en salles, et est encore culte aujourd’hui. Mais l’image que l’on retient certainement le plus est celle d’Audrey Hepburn dans sa longue robe fourreau noire, parée de ses accessoires indissociables de la robe, créée par le célèbre créateur français Hubert de Givenchy (1927-2018) et revisitée par la costumière des studios Paramount, Edith Head (1897-1981).

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Audrey Hepburn dans le rôle d’Holly Golightly dans Breakfast at Tiffany’s (1961), vêtue de la célèbre robe noire créée par Hubert de Givenchy

Source image : Just Cinema

Cette robe marque la troisième association entre Audrey Hepburn et le créateur, qui avait déjà habillé l’actrice pour son rôle dans Sabrina réalisé par Billy Wilder en 1954, et avait dessiné les robes pour le film de Stanley Donen Funny Face (1957, Drôle de frimousse) ; elle continue de celer le lien qui unira désormais les deux célébrités ; lors d’une interview pour Paris Match le 17 octobre 1991, au sujet de sa relation avec Givenchy, Audrey Hepburn dira « c’est lui qui m’a donné un look, un genre, une silhouette. C’est lui qui visuellement, a fait de moi ce que je suis devenue » ; quant au créateur, lors d’une interview, également pour Paris Match, le 4 février 1993, peu de temps après le décès de l’actrice, il évoquera leur première rencontre à Paris en 1954, quand l’actrice était venue le trouver pour qu’il l’habille pour le film Sabrina, et ajoutera « pour chacun des films qu’elle a tournés ensuite, elle a voulu que je l’habille. Au fil du temps, notre amitié s’est approfondie, je suis devenu son confident ».

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Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy lors du tournage de Funny Face (1957 – Drôle de Frimousse)

Source image : Paris Cinéma Région

Cette robe n’est donc pas simplement une pièce culte de la garde-robe hollywoodienne, mais illustre également ce à quoi peut donner naissance les liens entretenus entre un créateur et sa muse. Pour mieux comprendre ce rapport créateur particulier, nous tacherons donc de plonger plus en avant dans l’univers qui a entouré la robe au moment de sa création, pour ensuite nous intéresser dans le détail sur l’ensemble en question, et enfin découvrir quel a été la postérité de cette robe, à l’époque de la sortie du film et aujourd’hui.

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Le projet du film Breakfast at Tiffany’s prend forme au début des années 1960, d’après, nous l’avons dit, une nouvelle de Truman Capote ; des changements furent toutefois réalisés pour permettre une meilleure adaptation au cinéma. Truman Capote souhaitait à l’origine pour le rôle de Holy Golightly la célèbre star hollywoodiennne Marilyn Monroe ; la production lui préféra toutefois Audrey Hepburn, sans doute par peur de problèmes risquant d’être occasionnés par la star de Sept ans de reflexions (1955), comme ses retards, ses trous de mémoires ou encore ses angoisses qui engendraient des dépassements de budget considérables ; par ailleurs, l’acteur Lee Strasberg, professeur d’art dramatique de Marilyn, lui déconseilla d’endosser un rôle de call-girl, qui aurait risqué de nuire à son image. C’est donc finalement l’actrice oscarisée de Vacances romaines (1953) qui fut choisie, et c’est elle qui requit la participation du couturier français, Robert de Givenchy, pour l’habiller dans le film de Blake Edwards. Le film sera l’un des meilleurs du cinéaste et l’un des plus emblématiques de l’actrice, et la robe noire qu’elle porte dès la première scène du film deviendra une des plus célèbres de l’histoire du cinéma .

Audrey Hepburn, née Edda Hepburn van Heemstra en 1929 à Bruxelles (Belgique), est une actrice britannique considérée aujourd’hui encore comme une des icônes du XXe siècle. Commençant une formation de danseuse, elle se tourne finalement vers le théâtre à la fin des années 1940, rencontrant notamment un immense succès à Broadway dans la pièce Gigi (1951), qui va lui ouvrir les portes du cinéma. Elle devient très vite célèbre sur le grand écran, remportant dès 1953 l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans Vacances romaines. Audrey Hepburn devient également une icône en matière de mode, ses tenues étant suivies et reprises, comme l’ensemble pull noir à col roulé, pantalon cigarette et ballerines Capezio, ou encore la chemise non boutonnée dans le bas et nouée à la hauteur de la taille. Son amitié avec le couturier français Hubert de Givenchy est également célèbre, ce dernier l’habillant dès 1954 et la considérant depuis comme sa muse. L’actrice décède en 1993, dans sa villa suisse, La Paisible, entre Genève et Lausanne, des suites d’un cancer.

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Audrey Hepburn en pull à col roulé noir, pantalon cigarette et mocassin dans Drôle de Frimousse (1957)

Source image : Pinterest

Né en 1957 à Beauvais (France), Hubert de Givenchy est un couturier français qui se forma d’abord chez Fath à Paris, tout en suivant des cours de dessin à l’École des Beaux-Arts de Paris ; travaillant ensuite chez Piguet (1946), Lelong (1947) puis Schiaparelli (1947-1951), il ouvre finalement sa propre maison et sort sa première collection en 1952, proposant notamment les célèbres blouses en shirting ; dès le début, son style élégant et raffiné est comparé à celui de Cristobal Balenciaga (1895-1972), qu’il rencontrera en 1953. En avance sur son temps, le couturier a de nombreuses idées, telle un robe du soir dont le corsage amovible peut être porté aussi bien avec une jupe qu’un pantalon. En 1954, il rencontre Audrey Hepburn qui vient lui demander de l’habiller pour le film Sabrina (1954) ; de là naîtra une belle amitié ; les vêtements que le couturier confectionnera pour l’actrice influenceront fortement la mode, comme les bustiers à encolure bateau et manches trois-quart portés dans le film pré-cité ; Audrey Hepburn portera pendant des années les créations d’Hubert de Givenchy, aussi bien dans la vie de tous less jours qu’au cinéma. En 1988, le couturier vend sa maison à Louiss Vuitton Moët Hennessy (LVMH), tout en en conservant laa direction artistique jusqu’en 1995, année à laquelle il prendra saa retraite. La maison Givenchy a depuis continué à prospérer, avecc des créateurs de talent tels John Galliano, Julien Macdonald,, Alexandre Mcqueen, Riccardo Trisci.

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Audrey Hepburn dans le film Sabrina (1954), portant une robe de soirée en soie et organdi, signée Hubert de Givenchy

Source image : The art of dress

Diplômée de l’université de Stanford et de l’université de Californie, Edith Head est une costumière américaine née en 1899 à Los Angeles (Californie, USA) et décédée en 1981 ; poursuivant ses études à l’Otis Institute et à la Chouinard Art School (Los Angeles), elle commence à travailler à la Paramount à Hollywood pour Howard Greer dès 1923 ; assistante de Travis Banton en 1927, elle est nommée en 1938 costumière en chef des studios de la Paramount, poste qu’elle occupera jusqu’en 1967 ; elle travaillera par la suite, à la fin des années 1960, pour les studios Universal. Edith Head a ainsi à son actif un millier de films pour lesquels elle a travaillé, a remporté huit Oscars du meilleur créateur de costumes, a habillé les plus grandes artistes, telles Marlène Dietrich ou Grace Kelly ; certaines de ses créations rencontreront un grand succès et seront copiées dans tous les USA, comme une robe du soir portée par Elizabeth Taylor dans A Place in the sun (1951) ; elle était la costumière en chef pour les films Sabrina et Drôle de frimousse pour lesquels Hubert de Givenchy a également habillé Audrey Hepburn. Lors du montage du film Breakfast at Tiffany’s, c’est elle qui s’occupera de reprendre la robe confectionnée par Hubert de Givenchy pour le rôle tenu par Audrey Hepburn, modèle devenu cultissime et qui nous intéresse ici.

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Croquis et robe réalisés par Edith Head pour Elizabeth Taylor dans A place in the sun (1951)

Sources images : Art now and then

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La robe portée par Audrey Hepburn dans la toute première scène du film est une robe de soirée ; il s’agit d’une robe fourreau en satin noir moulant le corps de l’actrice grâce à un corsage ajusté, et une longue jupe tuyau, rattachée au corsage par une couture discrète marquant la taille, tombant jusqu’aux pieds, les enserrant de manière à créer un effet de bruissement lorsque le personnage se déplace. Dépourvue de manches, elle est dotée à l’avant d’une encolure bateau, et présente dans le dos deux échancrures au niveau des omoplates, dessinant ainsi un col en demi-lune au niveau des épaules et au-dessus des omoplates, délicatement relié en une pointe au milieu du dos, dévoilant ainsi avec grâce et élégance les épaules et les bras de l’actrice. Très simple dans son ensemble, la robe a été accessoirisée : tout d’abord une longue paire de gants de satin noirs, remontant au-dessus du coude ; un imposant collier de perles à plusieurs rangs, épousant les encolures du devant et de l’arrière de la robe, les mettant ainsi en avant par un subtil contraste des couleurs ; le personnage porte une paire de lunettes de soleil noires Olivier Goldsmith, dont les verres très larges cachent en grande partie le visage ; les cheveux sont relevés en un imposant chignon, dévoilant ainsi la nuque et attirant le regard sur les bijoux et la robe, chignon sur le devant duquel est posé un diadème de faux diamants, dont les tonalités font écho au collier de perle ; enfin, une paire d’escarpins noirs pointus et aux petits talons fins dépassent du bas de la robe.

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Audrey Hepburn dans le rôle de Holly Golightly dans la première scène de Breakfast at Tiffany’s (1961)

Sources images : Southernliving et The vintage handbook

Cette robe est souvent qualifiée de « petite robe noire », un classique de la garde-robe féminine depuis le début du XXème siècle. Les robes de couleur noire étaient à l’origine traditionnellement portées par les veuves, notamment pendant la Première Guerre Mondiale, couleur donc associée au deuil mais évoquant également la perte de l’innocence et l’élégance de la maturité ; on va par la suite porter un tout autre regard dessus, notamment sous l’influence de Coco Chanel et de son modèle présenté en 1926 dans le magazine américain Vogue, qui propose une petite robe noire coupée dans des lignes parallèles, reprenant la taille tombante de la robe chemisier quotidienne, sans cols et avec des manches trois-quart, s’arrêtant aux genoux, séduisant par sa simplicité et sa kynétique ; dès lors la petite robe noire va entrer dans le vocabulaire universel de la mode féminine, son style, sa longueur, sa coupe, évoluant selon les époques et les modes, et pouvant être portée aussi bien la journée que pour un cocktail ou unee soirée ; au tournant des années 1950-1960, la petite robe noiree rencontre notamment un grand succès auprès de la jeunesse dee l’époque, adoptant une forme le plus souvent moulante ett sophistiquée, et de plus en plus courte. Il s’agit là d’un paradoxee notable avec la dite « petite robe noire » portée par Audrey Hepburnn dans Breakfast at Tiffany’s, qui cache intégralement les jambes dee l’actrice, élément par ailleurs important dans l’histoire de laa confection de cette robe.

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La petite robe noire de Coco Chanel présentée dans le Vogue américain en 1926

Source image : Untitled Mag

Audrey Hepburn a donc obtenu que Hubert de Givenchy confectionne ses tenues pour le film de Blake Edwards. Toutefois, la robe que l’on voit dans la première scène de Breakfast at Tiffany’s n’est pas le modèle créé et proposé par le couturier français ; en effet, à l’origine la robe avait une longue fente le long de la robe gauche, tombait de façon droite, et était plus courte (au niveau des chevilles) ; trois modèles de cette robe ont été réalisés, un à la main par le couturier lui-même, les deux autres probablement par des collaborateurs ; l’original est conservé dans les collections privées de la maison Givenchy, le second au Musée du costume de Madrid, et le troisième ayant été vendu aux enchères à Christie à Londres le 5 décembre 2006 pour un montant de 467 200 livres, soit prêt de 607 720 euros, somme reversée au fond d’aides des enfants de la fondation Cité de la Joie à Calcutta. La robe portée dans le film, nous l’avons vu, ne présente quant à elle aucune fente, tombe jusqu’aux pieds et a été «ramenée» autour des chevilles de manière à créer un effet de bruissement lorsque le personnage marche ; il s’agit là d’une création d’Edith Head, costumière des studios Paramount, qui a repris le modèle d’Hubert de Givenchy à la demande de la production qui jugeait la robe du couturier et sa fente trop provocantes pour le personnage de Holly Golightly ; de cette robe il ne nous reste aujourd’hui que le croquis réalisé par Edith Head, qui fut notamment présenté lors de la vente chez Christie’s. C’est cette robe qui est aujourd’hui si célèbre, et, bien qu’elle soit attribuée à Hubert de Givenchy, n’est en réalité donc pas une de ses confections mais une reprise du modèle original créée par Edith Head.

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Les trois modèles originaux d’Hubert de Givenchy : modèle conservé dans les collections de la maison Givenchy, moodèle conservé au Musée du costume à Madrid, modèle vendu chez Christi à Londres

Image : © Thérèse Kempf, 2016

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Croquis réalisé par Edith Head en 1961 d’après le modèle de la robe conçue par Hubert de Givenchy pour Breafast at Tiffany’s

Source image : Pinterest

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Les nombreuses photos de l’époque d’Audrey Hepburn vêtue de la robe noire de Breakfast at Tiffany’s ont permis au public de découvrir celle-ci autrement que sur grand écran, dans les magazines de mode notamment ; à chaque fois, il s’agit donc de la robe confectionnée par Edith Head, et non l’originale d’Hubert de Givenchy ; aucune photo ou représentation de l’actrice dans cette robe ne nous est parvenue, la seule image s’en rapprochant étant celle de l’affiche du film réalisée par l’artiste Robert McGinnis, où l’actrice est représentée de face vêtue d’une longue robe fourreau noire, avec les accessoires de la première scène (gants,, bijoux et porte-cigarette, qui lui apparaît à un autre moment duu film), plus ou moins revisités par le peintre, une longue fente surr l’avant de la robe dévoilant la jambe de l’actrice jusqu’au genou ;; toutefois si la robe représentée se rapproche de celle du créateurr français (longueur et fente), elle s’en diffère par l’emplacement dee la dite fente, située normalement sur le côté de la jambe, ett remontant mi-cuisse. Il n’en reste pas moins que c’est la robee d’Edith Head qui est restée célèbre.

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Affiche du film Breakfast at Tiffany’s réalisé par Robert Mcginnis (1961)

Source image : Pinterest

Le succès de cette robe est intimement liée à celle qui la porta et lui donna pour ainsi dire encore plus de valeur que la renommée du couturier qui l’avait conçue, ou tout du moins pensée ; Audrey Hepburn est en effet à l’époque une star hollywoodienne, acclamée pour ses rôles dans Sabrina, Vacances Romaines ou encore Drôle de Frimousse, icône à la silhouette mince et élancée et à l’air enfantin, à l’opposé d’autres icônes de l’époque aux formes pulpeuses et féminines, comme Marilyn Monroe ou Elizabeth Taylor. Elle n’en reste pas moins un modèle en matière de mode que l’on suit et reprend, comme par exemple, nous l’avons dit plus haut, avec son célèbre ensemble pull à col roulé, pantalon cigarette et ballerines. Avec le personnage d’Holly Golightly, l’actrice s’essaye avec succès à un rôle qu’on ne lui aurait pas forcément associé à l’époque, celui d’un personnage assez extraverti, en quête d’un mari fortuné plutôt que d’un amour passionnel. Le choix d’une longue robe fourreau noire, extrêmement féminine et caractéristique du chic new-yorkais à la fois sophistiqué et glamour, accompagnée des nombreux accessoires choisis avec soin, permet d’accentuer encore davantage le caractère du personnage, l’ensemble étant divinement porté par Audrey Hepburn. Le choix de l’actrice et de la robe ont donc permis de donner vie à un personnage particulièrement crédible qui va toucher le public et marquer les esprits, l’image d’Audrey Hepburn vêtue de cette robe étant l’une des plus connues par le public d’hier et d’aujourd’hui.

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Audrey Hepburn dans Vacances romaines (1953) et dans Breakfast at Tiffany’s (1961) : deux personnages aux caractères et aux looks diamétralement opposés

Image : © Thérèse Kempf, 2016

 Aujourd’hui, Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy sont toujours aussi célèbres qu’en 1961, et le film de Blake Edward toujours aussi apprécié et connu, même par les nouvelles générations ; l’image qui revient tout de même sans cesse et le plus souvent est celle de l’actrice vêtue de la robe d’Edith Head, qui est malheureusement, compte tenu de son rôle dans l’histoire de la conception de cette robe, assez méconnue du grand public ; le développement de la mode vintage au cours des quinze dernières années a également permis de mettre encore plus en avant cette image, que l’on retrouve aussi bien sur des affiches, des tableaux revisités, sur des objets, du mobilier, cela au plus grand plaisir des marchands de souvenirs. On retrouve également régulièrement dans les magasines et sites internet féminins des articles sur le film et la robe portée par Audrey Hepburn, avec des patrons proposés par des amateurs ou encore des bons plans pour se confectionner la tenue de l’actrice pour un coût abordable ; on retrouve enfin bien entendu la robe dans de nombreux livres dédiés à l’actrice, ou traitant d’art, de mode ou de cinéma ; si la tenue portée par l’actrice dans le film n’a jamais pu être exposée, on peut néanmoins admirer la robe originale lors de rares expositions, comme par exemple en 2010, lorsque la Maison Givenchy l’exposa au Château de Haroué (France) ; il est également possible d’admirer le deuxième exemplaire confectionné par un des collaborateurs du couturier au Musée du Costume de Madrid, où il est conservé avec notamment le porte-cigarette que l’actrice possède dans le film.

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Affiches Popart, poupée Barbie, costumes, couverture de magasines (ici Nathalie Portmann en une de Harper’s Bazaar en 2006, vêtue d’une réplique de la robe d’Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s), paravent… l’engouement du public d’aujoud’hui pour la « petite robe noire » de Givenchy et Edith Head est toujours aussi fort.

Image : © Thérèse Kempf, 2016

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On l’aura donc compris, la robe fourreau portée par Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s est aujourd’hui aussi célèbre que l’actrice qui la porte, tout comme le créateur qui lui est associé, Hubert de Givenchy ; on peut être choqué de cette attribution quand on sait que la véritable créatrice de la robe est Edith Head, mais les « retouches » apportées par la costumière des studios Paramount ne modifient pas non plus radicalement le modèle d’origine qui avait été proposé par le créateur français : toute la partie supérieure de la robe reprend ainsi celle du couturier, tout comme le choix du tissu et de la couleur a été respecté, et seuls la longueur, augmentée de quelques centimètres, et la fente, supprimée, transforment la pièce de haute couture en une autre ; mais l’esprit général du créateur est là. Il n’est donc pas « malhonnête » d’attribuer la robe à Hubert de Givenchy, si l’on n’oublie cependant pas de préciser le rôle d’Edith Head.

Cette robe est également une illustration de l’impact que peut avoir le septième art sur le public, et de l’importance que ce dernier a pris au cours du XXème siècle : le choix de l’acteur, des vêtements portés à tel moment du film, le choix du styliste, tout est pensé méticuleusement ; et quand l’association marche, on obtient un ensemble qui frappe le public et entre dans l’Histoire, comme c’est le cas ici.

Thérèse Kempf

UPJV – M2 Histoire de l’art

Bibliographie :

– Nicky Albrechtoer, Vintage Fashion, La mode féminine des années 1920 aux années 1980, trad. D’Anne Levine, Pascal Tilche et Christian Vair, Paris, Citadelles et Mazenod, 2014, p. 392-405

– Carlo Marco Belfanti, Histoire culturelle de la mode, 2008 (1e éd.), Paris, Institut français de la mode, 2014, p. 289-300

– Michel Cieutat et Christian Viviani, Audrey Hepburn, La grâce et la copassion, France, Editions Scope, 2009

– Marnie Fogg (dir.), Tout sur la mode – Panorama des chefs-d’oeuvre et des techniques, Paris, Flammarion, 2013, p. 22-225

– Aziko Fukai (dir.), les collections du Kyoto Costume Institute, Fashion, une histoire de la mode du XVIIIe au XXe siècle, Köln, Taschen, 2015, p. 293-94, p. 348-357, p.

– Valerie Mendes, Amu de la Haye, La mode depuis 1900, Paris, Thames et Hudson l’univers de l’art, 2011, p. 48-75

– Guénolée Milleret, Haute-couture – Histoire de l’industrie de la création française des précurseurs à nos jours, Paris, Eyrolles, 2015, p. 73-103

– Georgina O’hara Callan, Dictionnaire de la mode, trad. De Lydie Echasseraiud, 1986 (1e éd.), Paris, Thames et Hudson – l’univers de l’art, p. 59-61, p. 2014, p. 225

– Noël Palomo – Lovinski, Les plus grands créateurs de mode, de Coco Chanel à Jean-Paul Gaultier, trad. De Lise-Eliane Pomier, 2010 (1e éd.), Paris, Groupe Eyrolles, 2012, p. 30-35

Webographie :

Site de la Maison Givenchy : petite robe noire

Musée du costume de Madrid : la robe noire de Breakfast at Tiffany’s

Site de Christie’s : la robe noire d’Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s

Gallica : Vogue américain de novembre 1926

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